{"id":7738,"date":"2019-04-28T16:37:41","date_gmt":"2019-04-28T15:37:41","guid":{"rendered":"http:\/\/lesmarret.marret.co\/?page_id=7738"},"modified":"2019-04-28T16:37:41","modified_gmt":"2019-04-28T15:37:41","slug":"le-courrier-doit-passer","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/lesmarret.marret.co\/index.php\/frederic-marret\/le-courrier-doit-passer\/","title":{"rendered":"\u00ab Le courrier doit passer&#8230; \u00bb"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"https:\/\/lesmarret.marret.co\/wp-content\/uploads\/2019\/04\/Le-courrier-doit-passer-1a_wp.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-7736 alignright\" src=\"https:\/\/lesmarret.marret.co\/wp-content\/uploads\/2019\/04\/Le-courrier-doit-passer-1a_wp-695x1024.jpg\" alt=\"\" width=\"257\" height=\"378\" data-wp-pid=\"7736\" srcset=\"https:\/\/lesmarret.marret.co\/wp-content\/uploads\/2019\/04\/Le-courrier-doit-passer-1a_wp-695x1024.jpg 695w, https:\/\/lesmarret.marret.co\/wp-content\/uploads\/2019\/04\/Le-courrier-doit-passer-1a_wp-204x300.jpg 204w, https:\/\/lesmarret.marret.co\/wp-content\/uploads\/2019\/04\/Le-courrier-doit-passer-1a_wp-768x1131.jpg 768w, https:\/\/lesmarret.marret.co\/wp-content\/uploads\/2019\/04\/Le-courrier-doit-passer-1a_wp-800x1178.jpg 800w, https:\/\/lesmarret.marret.co\/wp-content\/uploads\/2019\/04\/Le-courrier-doit-passer-1a_wp.jpg 802w\" sizes=\"auto, (max-width: 257px) 100vw, 257px\" \/><\/a>&nbsp;Le 10&nbsp;f\u00e9vrier 1936, le Lat\u00e9&nbsp;301 <em>Ville-de-Buenos-Aires, <\/em>immatricul\u00e9 F-AOIK, quitte Natal. L&rsquo;\u00e9quipage se compose du commandant de bord Jean Ponce, du second pilote Andr\u00e9 Parayre, du radionavigant Fr\u00e9d\u00e9ric Marret, du navigateur Jean Lh\u00f4tellier et du m\u00e9canicien navigant Alexandre Collenot. \u00c9mile Barri\u00e8re, directeur du r\u00e9seau \u00ab&nbsp;Am\u00e9rique&nbsp;\u00bb, a pris place \u00e0 bord comme passager. Sept heures apr\u00e8s le d\u00e9collage, Marret transmet le message suivant : \u00ab&nbsp;Ciel enti\u00e8rement couvert, visibilit\u00e9 mauvaise, volons \u00e0 150&nbsp;m&#8230;&nbsp;\u00bb La communication s&rsquo;interrompt alors brusquement, et on ne retrouvera aucune trace du grand hydravion.<\/p>\n<p><strong>La disparition de Collenot<\/strong><\/p>\n<p>\u00c0 Paris, Mermoz et son ami Jean-G\u00e9rard Fleury arpentent les Champs-\u00c9lys\u00e9es. Mermoz est inquiet, car il n&rsquo;aime pas savoir son ami Collenot au-dessus de l&rsquo;Atlantique avec un autre que lui aux commandes. Non qu&rsquo;il se d\u00e9fie de Jean Ponce. Avec 6&nbsp;000&nbsp;heures de vol et 23&nbsp;travers\u00e9es, c&rsquo;est un commandant de bord chevronn\u00e9, tout comme d&rsquo;ailleurs les autres membres de l&rsquo;\u00e9quipage. Mais, quand il s&rsquo;agit de Collenot, Mermoz cesse d&rsquo;\u00eatre rationnel. \u00ab&nbsp;Je t&rsquo;accompagne jusqu&rsquo;\u00e0 ton bureau, dit-il \u00e0 Fleury. Je voudrais t\u00e9l\u00e9phoner au service radio d&rsquo;Air France. Collenot traverse aujourd&rsquo;hui avec Ponce et Barri\u00e8re. Ils doivent approcher de Dakar, mais j&rsquo;aime mieux les savoir arriv\u00e9s.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>Quelques instants plus tard, les deux hommes rejoignent le si\u00e8ge du journal o\u00f9 Fleury travaille. Celui-ci d\u00e9croche son t\u00e9l\u00e9phone, demande \u00e0 l&rsquo;op\u00e9ratrice de le mettre en communication avec Air France et passe le combin\u00e9 \u00e0 son ami.<\/p>\n<p>\u2014 All\u00f4, Air France&nbsp;? Passez-moi le service radio, s&rsquo;il vous pla\u00eet. Non, je ne quitte pas, merci. All\u00f4, le service radio&nbsp;? Ici Mermoz. Pouvez-vous me donner des nouvelles de la Ville-de-Buenos-Aires&nbsp;? Les gars doivent approcher de Dakar&#8230;<\/p>\n<p>&nbsp;\u2014 Monsieur Mermoz, Dakar a re\u00e7u un message tronqu\u00e9 indiquant que le temps \u00e9tait mauvais, puis plus rien. Toutes les stations et tous les bateaux ont essay\u00e9 de contacter l&rsquo;hydro. Sans r\u00e9sultat.<\/p>\n<p>\u2014 Une panne radio&nbsp;?<\/p>\n<p>\u2014 Je ne crois pas. L&rsquo;hydro devrait \u00eatre arriv\u00e9 depuis d\u00e9j\u00e0 un bon moment. Dakar vient de me signaler qu&rsquo;ils n&rsquo;ont toujours aucune nouvelle\u2026<\/p>\n<p>\u00c0 ces mots, Mermoz s&rsquo;effondre. Son visage est bl\u00eame, ses jambes ne le portent plus. Il parvient pourtant \u00e0 s&rsquo;extraire de son fauteuil.<\/p>\n<p>\u2014 Au revoir, mon vieux, dit-il \u00e0 Fleury en quittant la pi\u00e8ce. J&rsquo;ai besoin d&rsquo;\u00eatre seul.<\/p>\n<p>Huit mois plus tard, il livre ses sentiments dans une lettre qu&rsquo;il adresse \u00e0 Jean Dabry&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je pleure Collenot comme l&rsquo;un des \u00eatres les plus chers de ma vie. Les pilotes me comprendront. Il me semble que c&rsquo;est un peu de moi qui est mort avec lui, tant notre vie commune et le risque nous avaient attach\u00e9s l&rsquo;un \u00e0 l&rsquo;autre. Il \u00e9tait bon, sinc\u00e8re et d\u00e9vou\u00e9 comme le sont tous nos m\u00e9caniciens, mais il avait cette foi et cette lumi\u00e8re que l&rsquo;on ne trouve que chez les \u00eatres d&rsquo;\u00e9lite&#8230; Je ne pouvais m&rsquo;imaginer qu&rsquo;il pourrait s&rsquo;en aller sans moi.&nbsp;\u00bb De son c\u00f4t\u00e9, la m\u00e8re de Mermoz recueille la veuve et les enfants de Collenot. \u00ab&nbsp;Ils sont ici chez eux&nbsp;\u00bb, dit-elle \u00e0 Joseph Kessel venu lui rendre visite.<\/p>\n<p>Comme il est de r\u00e8gle apr\u00e8s un accident, on cherche \u00e0 comprendre comment et pourquoi il s&rsquo;est produit, de mani\u00e8re \u00e0 \u00e9viter qu&rsquo;il se r\u00e9p\u00e8te. Le 13&nbsp;f\u00e9vrier 1936, trois jours seulement apr\u00e8s la disparition de la <em>Ville-de-Buenos-Aires<\/em>, Mermoz prend les commandes de la <em>Ville-de-Santiago<\/em> \u00e0 Marignane. En compagnie d&rsquo;\u00c9douard Serre, second pilote, d&rsquo;Edmond Roux et de Gilbert Goria, m\u00e9caniciens navigants, il soumet l&rsquo;appareil \u00e0 des efforts importants en effectuant des \u00e9volutions serr\u00e9es. \u00c0 travers cet essai d&rsquo;une heure, l&rsquo;\u00e9quipage cherche \u00e0 voir comment le fuselage se comporte. Les deux m\u00e9caniciens vont observer les moteurs en s&rsquo;introduisant dans les boyaux d&rsquo;acc\u00e8s&nbsp;: ils y notent quelques vibrations sans gravit\u00e9 qu&rsquo;ils signalent aux pilotes. Apr\u00e8s l&rsquo;amerrissage, l&rsquo;hydravion est soigneusement examin\u00e9 et les m\u00e9caniciens remarquent que le gouvernail de direction est l\u00e9g\u00e8rement d\u00e9form\u00e9.<\/p>\n<p>Les pilotes n&rsquo;ont rien senti aux commandes, mais les m\u00e9caniciens estiment que la d\u00e9formation passag\u00e8re a d\u00fb \u00eatre d&rsquo;une assez grande amplitude. Apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 r\u00e9par\u00e9e, la machine est essay\u00e9e de nouveau le lendemain pendant une heure et demie. Le m\u00e9canicien navigant Goria note&nbsp;: \u00ab&nbsp;Bon fonctionnement g\u00e9n\u00e9ral comme la veille. Variations de temp\u00e9rature des sorties d&rsquo;huile sur les moteurs avant lors de virages tr\u00e8s serr\u00e9s. Apr\u00e8s le vol, la cellule, les nacelles-moteurs et les gouvernes n&rsquo;ont montr\u00e9 aucune d\u00e9formation. \u00bb<\/p>\n<p>Quelques jours plus tard, Mermoz, Serre et Roux convoient la Ville-de-Santiago \u00e0 Dakar. \u00ab&nbsp;Pris dans un tr\u00e8s mauvais temps au d\u00e9part de Kenitra, raconte Mermoz, je ne suis plus par instants ma\u00eetre de la machine. Des d\u00e9formations d&rsquo;ailes se produisent, nous nous en rendons compte de visu. Cependant ces machines, qui nous sont pr\u00eat\u00e9es par l&rsquo;\u00c9tat et contr\u00f4l\u00e9es par la marine, doivent \u00eatre identiques comme construction \u00e0 la <em>Croix-du-Sud<\/em>, laquelle a fait ses preuves de r\u00e9sistance et de solidit\u00e9. Air France n&rsquo;a pas, de ce fait, eu droit de contr\u00f4le. Que se passe-t-il&nbsp;? \u00c0 l&rsquo;examen, la machine r\u00e9v\u00e8le des modifications essentielles et profondes&nbsp;; la construction a \u00e9t\u00e9 simplifi\u00e9e et affaiblie.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>Ainsi, tout s&rsquo;explique. La Ville-de-Buenos-Aires aurait \u00e9t\u00e9 victime d&rsquo;une d\u00e9formation de sa structure qui l&rsquo;aurait rendue impossible \u00e0 piloter. Et ce ph\u00e9nom\u00e8ne est confirm\u00e9 par le m\u00e9canicien Cavaill\u00e8s. Celui-ci note en effet que, sur les Lat\u00e9&nbsp;301, l&rsquo;action des ailerons provoque une d\u00e9formation passag\u00e8re des extr\u00e9mit\u00e9s d&rsquo;ailes, ce qui rend l&rsquo;appareil difficilement contr\u00f4lable. Pourtant, les trois Lat\u00e9&nbsp;301 Ville-de-Buenos-Aires, Ville-de-Santiago et Ville-de-Rio-de-Janeiro totalisent quarante-huit travers\u00e9es de l&rsquo;Atlantique Sud. Aucun n&rsquo;a subi de d\u00e9formation de structure permanente et, m\u00eame si leur manque de rigidit\u00e9 rend le pilotage p\u00e9nible en atmosph\u00e8re turbulente, ces appareils conservent un comportement sain. Mermoz et ses co\u00e9quipiers l&rsquo;ont d&rsquo;ailleurs prouv\u00e9 lors des essais du 13 et du 14&nbsp;f\u00e9vrier 1936.<\/p>\n<p>Plut\u00f4t qu&rsquo;une hypoth\u00e9tique d\u00e9formation de son fuselage, la Ville-de-Buenos-Aires a probablement \u00e9t\u00e9 victime d&rsquo;un emballement d&rsquo;h\u00e9lice. Celle-ci, en se d\u00e9tachant de son axe, aurait alors sectionn\u00e9 la partie sup\u00e9rieure de la cabine \u00e0 l&rsquo;endroit o\u00f9 passent les c\u00e2bles de commandes. \u00c0 une altitude qui n&rsquo;est alors que de&nbsp;150 m, la fin est tr\u00e8s rapide, comme le montre le message interrompu du radio Marret. Cette communication n&rsquo;\u00e9tait pas un message de d\u00e9tresse, Marret se bornant \u00e0 signaler que la visibilit\u00e9 \u00e9tait mauvaise, sans faire aucune allusion \u00e0 d&rsquo;\u00e9ventuelles turbulences qui auraient rendu l&rsquo;hydravion impossible \u00e0 ma\u00eetriser. Malheureusement, cette hypoth\u00e8se n&rsquo;est pas retenue, les ing\u00e9nieurs \u00e9tant convaincus qu&rsquo;il suffira de renforcer la structure lors des r\u00e9visions en atelier pour \u00e9viter de nouveaux accidents.<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><em>Source&nbsp;: <\/em>PIOUFFRE, G\u00e9rard<em>. Le Courrier doit passer. <\/em>2009<em>.<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp;Le 10&nbsp;f\u00e9vrier 1936, le Lat\u00e9&nbsp;301 Ville-de-Buenos-Aires, immatricul\u00e9 F-AOIK, quitte Natal. L&rsquo;\u00e9quipage se compose du commandant de bord Jean Ponce, du second pilote Andr\u00e9 Parayre, du radionavigant Fr\u00e9d\u00e9ric Marret, du navigateur Jean Lh\u00f4tellier et du m\u00e9canicien navigant Alexandre Collenot. \u00c9mile Barri\u00e8re, &hellip; <a href=\"https:\/\/lesmarret.marret.co\/index.php\/frederic-marret\/le-courrier-doit-passer\/\">Continuer la lecture <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":7742,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"ngg_post_thumbnail":0,"footnotes":""},"class_list":["post-7738","page","type-page","status-publish","hentry"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/lesmarret.marret.co\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/7738","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/lesmarret.marret.co\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/lesmarret.marret.co\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lesmarret.marret.co\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lesmarret.marret.co\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=7738"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/lesmarret.marret.co\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/7738\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":7739,"href":"https:\/\/lesmarret.marret.co\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/7738\/revisions\/7739"}],"up":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lesmarret.marret.co\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/7742"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/lesmarret.marret.co\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=7738"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}